
"Background" du personnage : Lizbeth J. Eleonora
Londres, 17 ans plus tôt, elle était apparue, petit embryon sans nom,
savoir, ou souvenirs… Elle était apparue dans le ventre de la mauvaise
personne, au mauvais moment. C’est ce qu’ils lui avaient donné comme excuse,
juste avant qu’ils ne l’embarquent dans la voiture noire corbillard destinée à
emmener les gens qui ne reviendraient jamais…
Elle avait alors 17 ans, lorsqu’elle avait vu pour la dernière fois le
visage horrifié de sa mère en pleurs et les regards décisifs et froids des
hommes en charge de l’emmener au loin. Avant de refermer la porte de la
voiture, sans le moindre sourire, ils prirent le temps de lui dire « que tout
irait bien ». Tout allait bien, effectivement, à la perfection, se
disaient-ils, alors qu’ils se débarrassaient de leur tout dernier problème.
Elle se trouverait « des amis » et « une vie bien meilleure », disaient-ils. Sa
mère, elle, n’avait pas dit un mot. Elle était restreinte au silence depuis
plusieurs années. Malgré son jeune âge, Lizbeth avait remarqué que les autres
messieurs étaient la raison qui coupait le souffle de sa mère. Elle l’avait
toujours su d’ailleurs, puisque pour elle aussi les regards cinglants de
réprimande l’avaient frappée plus d’une fois. C’était décidé que l’enfant «
non-désirée », ou comme ils la nommaient parfois, l’enfant « accident » ne
pourrait rester plus longtemps au manoir.
Un « accident », celui de mettre un enfant au monde. Cet enfant c’était
Lizbeth.
(Petit saut dans le passé…) Sa mère n’avait ni été violée ou forcée,
elle avait seulement désobéit aux restrictions de son père. Elle avait souri,
embrassé et s’était épris d’amour pour un simple étudiant de « la mauvaise
classe sociale ». Les amants s’étaient vus à plusieurs reprises, rêvassant
comme des révolutionnaires débutants contre l’injustice qui les obligeait à se
cacher. Elle l’aimait parce qu’il était vrai. Il n’était pas un des prétentieux
candidats que son père l’obligeait à rencontrer, dans le but de faire croître
la puissance familiale. Le père avait plein contrôle sur les actions de sa
fille. Il était veuf, riche, possédait plus que la majorité des hommes de ce
bas monde, mais il avait été impuissant lorsque sa fille tomba pour un sale
petit « campagnard ». L’inévitable se produisit. Ses premiers sentiments comme
grand-père ne lui plurent pas du tout. Malgré les plaintes de sa fille, il
avait prétendu que ce jeunot l’avait agressée et trouva moyen qu’il soit
enfermé avec l’aide de ses amis avocats. L’enfant, avait-il spécifié à sa
fille, devrait partir aussitôt qu’elle serait choisie par un prétendant… Car,
c’était bien connu, les prétendants n’aimaient pas leur demoiselle « salie ».
Malgré cela, la jeune mère avait quand même pu prendre soin de sa
fille, ce qui rendit l’existence non-voulue de Lizbeth dans la maison
paternelle un peu moins difficile. Collée à sa fille, avant que le sommeil ne
l’emporte, sa mère lui racontait la magie de l’amour, embellissant sa propre
histoire pour faire rêver la petite. Elle l’éduquait au mieux de ses
connaissances, sachant que l’enfant n’irait jamais à l’école. Elle décrivait
les merveilles du monde modernes et parlait souvent d’un ami très spécial… un
ami qu’elle seule pouvait voir.
« Love, I promise... un jour toi aussi tu pourras le voir… tu verras
alors, il te protégera! »
L’enfant avait alors sourit, les yeux brillant d’une impatience
spécifique à l’enfance. Lizbeth, à 5 ans déjà, était rêveuse et aventurière,
même si elle était toujours restreinte aux murs de la grande maison. Les années
passèrent, dans la même routine. Elle ne s’était jamais vraiment demandé
pourquoi son père n’était plus là et pourquoi seule sa mère lui parlait de lui.
Son grand-père et ses associés n’envoyèrent jamais l’enfant à l’école externe,
considérant qu’ils n’avaient pas besoin de s’occuper de son éducation. De toute
façon, il était déjà prévu qu’elle soit exclue du manoir… Lizbeth se
considérait bien, même qu’elle pouvait se dire heureuse, jusqu’à ce qu’elle
puisse arriver en âge de comprendre toute l’hypocrisie derrière les sourires en
coin de son grand-père. Elle avait alors cessé de sourire. Sa mère s’en voyait
de plus en plus bouleversée, sachant que l’heure où ils emmèneraient sa petite
fille viendrait bientôt. À 10 ans, l’enfant était devenue amère et silencieuse.
L’état émotif déjà fragile de sa mère se détériora. Elle cessa de lui parler et
se mise à parler seulement à « cet ami spécial » qu’elle avait nommé Cinder…
Lizbeth accompagnait sa mère, qui tous les jours restait bien au fond
de sa chambre à chuchoter à cet ami invisible, pas plus gros qu’une gerboise, à
en juger la place que la mère faisait dans ses mains courbées. Cet ami semblait
amusant au début, c’était même qu’une invention de la mère pour amuser
l’enfant, mais, avec le temps, il était devenu une réelle obsession. Sa mère
lui parlait jour après jour, alors qu’à ses côtés était accroupie sa fille, en
fidèle accompagnatrice.
Quelques années passèrent, son grand-père décida qu’il en avait assez,
pas seulement de sa petite-fille qui partageait du sang de pauvre, mais aussi
de sa fille devenue complètement légume. Comme sa fille était toujours bien
présentable, il réussit à la donner en mariage à un homme du nouveau-monde, lui
envoyant seulement un portrait. Il pourrait se débarrasser de la petite-fille
et de la mère du même coup. Il avait été favorisé que Lizbeth irait dans un
couvent…
(Retour à la scène de départ) Sa jeune mère s’était fait mariée à
distance, pratiquement vendue à un homme qu’elle n’avait jamais vu, alors que
Lizbeth était destinée à se dévouer à Dieu. Dans la voiture ténébreuse, on la
fit embarquer. À s’occuper de sa mère, elle était devenue un peu plus mature,
quoiqu’elle n’arrivait qu’à retenir ses larmes. Elle avait alors presque 17
ans, pratiquement aucune éducation scolaire, elle ne souriait plus et ne
pleurait plus. Une particularité acquise, elle se tenait bien loin des
hommes...
La voiture démarra. Le voyage fut long et pénible. Le genre de voyage
auquel on a l’impression qu’il n’y aura pas de fin, un voyage comme un rêve
sans but. Lizbeth garda courage jusqu’à la fin, assise bien au fond de la
banquette arrière, les mains sur les cuisses, fixant les nuages en se demandant
ce qu’ils allaient faire de sa pauvre mère. Le chauffeur était tout aussi muet
qu’elle. Il n’y avait qu’elle, ses minces bagages qui s’entrechoquaient dans la
valise, les ronronnements de la voiture, la route sinueuse qui s’enfonçait dans
la forêt, ainsi que le dernier et le plus précieux des cadeaux… « Cinder ».
Lizbeth sourit presque en repensant à sa mère qui lui avait donné une boule
d’air qu’elle avait déposé avec extrême délicatesse dans ses mains. Elle
l’avait suppliée d’en prendre soin et puis à s’adressant à l’animal imaginaire,
elle avait demandé à ce qu’elle n’abandonne jamais sa petite Lizbeth.
Alors que la voiture s’arrêtait dans l’entrée d’un des couvents les
plus reculé du monde, Lizbeth sentit un mouvement sous ses mains. N’y portant
pas trop attention, elle attendit que le chauffeur vienne lui ouvrir la
portière, et lorsqu’elle put sortir, une chose grise sauta de ses mains, et
fixa la jeune fille du sol avec ses boules noires et brillantes qui lui
servaient d’yeux. Et avant même que Lizbeth ne comprenne qu’elle venait de voir
et de sentir pour la première fois Cinder, l’animal imaginaire s’était enfuit.
Visiblement, il voulait que Lizbeth le suive…
Elle oublia le chauffeur qui s’attardait à ses bagages, le couvent et
son destin tracé d’avance et se mise à la poursuite de la petite souris
grisâtre. Elle la suivit jusque dans la forêt, et à un moment ses yeux ne
virent que l’animal se faufiler à travers des barreaux. Lizbeth leva les yeux
et aperçu l’académie. Cinder l’attendait
de l’autre côté... Lizbeth, guidée par la curiosité et le sentiment qu’elle
n’avait plus rien à perdre, toucha les grilles qui s’ouvrirent et la laissèrent
s’infiltrer…
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